« La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse. » Victor Hugo

Bientôt le 8 mars, la journée mondiale de la Femme. Bien que je sois toujours contre ce genre de distinction, je vais saisir cet opportunité pour rendre hommage à une femme dont me parlait souvent ma grand-mère, me répétant à chaque occasion « Au moment où sa majesté le roi Mohamed V descendait de son avion de retour d’exil, une femme pilote survolait le ciel en distribuant des flyer pour souhaiter la bienvenue au souverain ».

Je voudrais préciser à ceux qui disent que l’histoire a oublié Touria Chaoui : Veuillez redéfinir le mot Histoire, car cette femme exceptionnelle n’a jamais quitté la mémoire des Marocaines.

Touria Chaoui, une femme oh combien en avance sur son temps…

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Touria Chaoui, est originaire de Fès, mais sa famille s’installe à Casablanca en 1948. Son père, Abdelwahed Chaoui, est alors un journaliste reconnu, l’un des rares Marocains a avoir percé dans la rédaction d’un journal français (Le Courrier du Maroc), doublé d’un pionnier du théâtre et du cinéma marocain. Les Chaoui côtoient les grands noms du nationalisme marocain, Allal El Fassi et Ahmed Balafrej, et par conséquent l’Istiqlal.

Touria, qui depuis toute petite rêve de devenir pilote, est fortement encouragée par son père qui se démène pour l’inscrire à l’école de Tit Mellil, jusqu’alors réservée aux Français.

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Inscrite après moult démarches, elle suit une scolarité exemplaire et obtient son brevet en 1951. L’événement fait à l’époque la Une de la presse marocaine et internationale.

A 15 ans, Touria Chaoui est la première femme pilote du monde arabe, elle est également la première pilote civile marocaine, hommes et femmes confondus.

 Touria Chaoui, devient ainsi une gloire nationale : un symbole de l’émancipation des femmes.

Elle est reçue par le sultan Mohammed Ben Youssef et ne tarde pas à devenir une proche des princesses. Une de ses amies intimes témoigne : « C’était quelqu’un de très simple et elle était très appréciée. Je l’ai connue alors qu’elle était déjà célèbre, mais c’est elle qui est venue vers moi quand j’ai emménagé dans son immeuble. Nous avions à peu près le même âge et sommes très vite devenues inséparables ».

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A cette époque, Touria est une jeune fille de son temps, avec des rêves pleins la tête, et un agenda très chargé. Sa notoriété et son exemplarité font rapidement d’elle une ambassadrice de la cause féminine au sein de l’Institution Lalla Amina*, consacrée à l’aide aux jeunes filles et à la défense de l’émancipation des femmes.

*La princesse Lalla Amina est la fille cadette du roi Mohammed Ben Youssef, elle est née en exil à Madagascar.

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  Comme tous les Marocains de son temps, Touria subit la période de violences qui précède l’Indépendance et appelle de tous ses vœux au retour du sultan exilé. Sa famille n’est pas à l’abri des actions terroristes pour empêcher l’Indépendance. La famille Chaoui a échappé de peu à la mort quand une explosion touche la maison qu’ils viennent de quitter. L’attentat ne fait aucune victime mais sera par la suite interprété comme un mauvais présage.

Cependant, le soir même, en novembre 1955, Le roi Mohammed Ben Youssef rentre d’exil.

A bord de son avion monoplace, Touria salue à sa manière l’arrivée du sultan sur le tarmac de l’aéroport de Rabat : avec force loopings et autres figures acrobatiques, et en larguant des tracts de bienvenue à la gloire du souverain.

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La tragique suite de son histoire est connue de tous : Touria Chaoui meurt assassinée quelques mois plus tard.

Le 1er mars 1956, Touria Chaoui est au volant de sa voiture, accompagnée de son frère Salah Eddine, âgé de 11ans. Arrivée au niveau de leur immeuble, elle passe la tête par la portière pour parler à sa mère qui l’interpelle du balcon. C’est à ce moment qu’une personne tire sur elle à bout portant. Touria Chaoui meurt sur le coup, sous les yeux interloqués de son frère de sa mère. Le meurtrier serait un certain Ahmed Touil, qui aurait été lui-même assassiné quelques temps plus tard.

Cette femme pilote fut probablement assassinée parce qu’elle symbolisait aux yeux des conservateurs l’occidentalisation des femmes, un changement perçu comme une menace aux valeurs traditionnelles.

 

 Touria Chaoui, cette aviatrice hors norme, icône de l’Histoire du Maroc, fut enterrée à Casablanca. Une foule nombreuse accompagna son dernier cortège. Sa famille ne se remettra jamais du deuil. Les Marocains non plus.

La fin tragique de Touria Chaoui, à la veille de l’Indépendance, laisse finalement le goût d’un formidable gâchis et d’un destin brisé.

Pourtant, l’Histoire du Maroc a retenu le nom de Touria Chaoui, première femme pilote arabe et marocaine ; un symbole et une fierté pour les Marocaines.

Je voudrais rendre hommage, à cet occasion, à des femmes de caractère, que j’ai eu l’honneur et le plaisir de fréquenter. Des femmes exceptionnelles, chacune dans son domaine.

Dans le Domaine du sport : Nezha Bidouane

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Actuellement présidente de la Fédération royale marocaine du sport pour tous.

Nezha Bidouane est une athlète et championne marocaine spécialiste des 400 m haies. Elle a été championne du monde en 1997 et 2001.

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Qui plus est, notre double championne du monde des 400 m haies a été nommée ambassadrice pour l’Afrique en Coupe intercontinentale qui aura lieu à Ostrava, en République tchèque, les 8 et 9 septembre 2018. Elle fera partie des quatre ambassadeurs choisis pour représenter les continents.

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Par ailleurs, Nezha Bidouane avait déjà été désignée ambassadrice de l’IAAF pour l’Afrique en 1998 et en 2005.. L’IAAF lui avait également décernée l’Ordre du mérite (IAAF Veteran Pin) le 1er août dernier, quelques jours avant les championnats du monde d’athlétisme qui se sont déroulés à Londres.

En 2006, Nezha était parmi les stars de l’athlétisme mondial qui ont contribué au financement du « Projet caritatif de l’IAAF pour un monde meilleur » au profit de trois organisations humanitaires des Nations unies, en faisant don de la tenue complète qu’elle portait quand elle a remporté son second titre mondial aux 400 m haies aux Championnats du monde de 2001 à Edmonton (Canada).

Nezha Bidouane demeure à ce jour l’athlète arabe la plus titrée.

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Mes respects Lalla Nezha

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Dans le domaine de l’art : Malika Demnati

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Autodidacte, elle est la petite fille de la grande plasticienne et artiste peintre orientaliste Geneviève Barrier Demnati .Malika a fait des études d’ingénieur horticole en Allemagne. Elle a créé avec son mari un studio d’art graphique et puis les éditions Graphely.

« Ces deux formations m’ont permis de rester en contact avec d’une part la beauté de la nature et ses couleurs et d’autre part le graphisme et l’art de la composition. »

Pour ce qui est de la peinture, elle a grandi entourée de tableaux : « Je me souviens avoir toujours dessiné ou peint de manière instinctive »

Elle continue à peindre ce qu’elle aime « même si le figuratif n’a plus vraiment sa place dans les galeries marocaines ». Elle continue à prendre du plaisir en s’exprimant avec des aquarelles et des huiles où les styles vacillent entre le figuratif et l’abstrait. Pour élargir ses compétences, elle participe à une formation sur la morphologie à l’école des beaux-arts de Paris.

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Bonne continuation, on attend impatiemment la prochaine exposition.

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Dans le domaine politique et du social : Lamia Radi

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Actuellement ambassadrice du Maroc au Royaume de Norvège et en République d’Islande, Lamia Radi est également la Présidente fondatrice de la fondation « Mémoires pour l’avenir », une institution très active dans le domaine de l’art, de la culture et du patrimoine.

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La carrière professionnelle de cette femme remarquable est très riche puisqu’elle a été d’abord   conseillère technique du ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, puis du ministre des affaires étrangères.

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En 2005, Lamia Radi était chargée des affaires culturelles au sein de l’ambassade marocaine à Paris. Puis entre 2007 et 2009, elle a occupée le poste de directrice chargée du développement au sein de l’Institut royal des études stratégiques avant de devenir secrétaire permanente de la Conférence ministérielle des états africains riverains de l’Atlantique entre 2009 et2011.

En 2011, elle a été nommée directrice chargée de la coopération et des affaires culturelles au ministère des affaires étrangères et de la coopération. Elle a par ailleurs été représentante du chef du gouvernement auprès du secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, et a aussi représenté le Maroc au sein du conseil consultatif de la Fondation Anna Lindh.

Mes honneurs Madame l’ambassadrice.

“C’est une calomnie de parler de sexe faible à propos d’une femme. L’homme est le responsable de cette injustice. Si par force on entend brutalité, alors, oui, la femme est moins brutale que l’homme. Mais si la force est synonyme de courage moral, alors la femme est infiniment supérieure à l’homme.”    Mohandas Karamchand Gandhi

 

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Et puis une femme, parmi d’autres, que j’ai eu l’honneur de croiser : Nawal El Moutawakel

Nawal El Moutawakel : Une Marocaine, médaille d’or du premier 400m haies féminin de l’histoire des Jeux olympiques.

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Nawal est la première femme au monde à avoir remporté le 400m haies féminin et la 1ere femme marocaine, africaine et arabe, à remporter une médaille d’or olympique (Los Angeles, 1984). Elle a marquée l’histoire des Jeux olympiques.

Aujourd’hui, Nawal El Moutawakel est membre du bureau exécutif et vice-présidente du comité international olympique.

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Sa performance lors des jeux marque les esprits quand l’exceptionnelle athlète s’impose sur les 400 m haies, devant l’Américaine Judi Brown et la Roumaine Cristina Cojocaru, et améliore au passage le record d’Afrique en 54 s 61.

Elle remportera deux nouveaux titres continentaux sur 400 m haies, en 1984 et 1985.

En 1989, elle obtient un diplôme d’éducation physique de l’université américaine de l’Iowa et entame une carrière d’entraîneur.

– En août 1997, feu le Roi Hassan II la nomme secrétaire d’État auprès du ministre des affaires sociales chargée de la jeunesse et des sports, et elle occupe le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports de 2007 à 2009

-En juillet2012, Nawal El Moutawakel est élue nouvelle vice-présidente du Comité international olympique.

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Enfin, une autre femme de fer qui fait honneur aux femmes marocaines : Miriem Bensalah

Miriem Bensalah est une femme d’affaires marocaine et la présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc CGEM.

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Elle est la première femme à la tête du patronat marocain et l’une des femmes les plus influentes du pays et du continent.

« La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse. » Victor Hugo

Les femmes citées dans cet article ne représentent qu’une infime partie des femmes exceptionnelles qui ont forgées l’histoire du royaume et qui continuent de construire son avenir. Pour en citer quelques autres, j’aimerai mentionner les honorables dames que sont Zineb Khatib, Brigitte Picquart, Aude Abéguilé, Majda Kawar, Leila B, Loubna B, Nada B, Nadine Zafran, Wafae Mezouar, Loubna Ait Bassidi, Hind Benjilani,Fatima Ouahmi….

 

 

 

 

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